Pour lutter contre l’obésité, il faut commencer par améliorer le soin apporté aux personnes obèses

Voici le second article consacré à la santé des personnes grosses/obèses/rondes, dans le précédent je vous présentais ma position sur le sujet. Je n’aime pas parler de ma vie privée et encore moins de santé, pourtant celle-ci m’éloignait parfois de mon blog. J’ai décidé de mettre à profit ces années passées chez les médecins et spécialistes en tout genre en partageant mes expériences, et par la même occasion l’expérience de certaines femmes que j’ai rencontré.

Mes prochains articles Santé seront liés à « l’obésité » (pour employer le terme médical). Je ne peux pas partager mon expérience sur le sujet en séparant tous ce qui est lié au poids car il ne resterait plus grand chose..c’est inévitable quand on dépasse un certain IMC.

Dans les campagnes contre l’obésité, tous le monde se focalise sur la nutrition et de la chirurgie bariatrique, du coup je n’en parlerai pas, il y a déjà une multitude de sujets la dessus. Certes c’est une des causes de l’obésité chez certaines personnes, mais il n’y a pas que ça. Si on veux lutter contre l’obésité efficacement il y a d’autres combats à mener en complément.

Je vais utiliser comme fil conducteur cette lutte, c’est un sujet inévitable qui influence les interactions entre les professionnels de santé et les patients obéses. Je vous expliquerais pourquoi selon moi le milieu médical gère mal l’obésité, la façon d’aborder le sujet est soit inadéquate, incomplète ou absurde. Ensuite je vous parlerez de la façon dont les gros sont accueillis, diagnostiqués et soignés. Je laisserais de coté les bonnes expériences qui sont surement majoritaire et je me focaliserais sur ce qui devrait être améliorer.  Le sujet est complexe et je ne pourrais pas développer toutes mes idées, j’espère seulement que ces débuts de réflexions pourrons créer des discutions, pour qu’on ose enfin aborder le sujet de la santé chez les gros et qu’on puisse remettre en question un système qui n’est pas sans failles.

(Je n’ai pas envie d’employer uniquement le mot obèse qui est le terme médical, ni « ronde », encore moin pour qu’on vienne ensuite me dire « ennh mais t’es pas ronnnde t’es obéz », bon appelons un « gros » un « gros », sans que cela soit négatif ni dégradant).

Professionnel de santé ne veux pas dire professionnel de l’obésité..

Pour sa santé, on se doit de faire confiance aus professionnels de santé, que ce soit aux médecins, aux infirmiers ou aux personnels non médical comme les secrétaires et autres acteurs qu’on croise tout au long du parcours. Ces interactions sont inévitables, il est important que cela se passe bien, et pourtant…

Tout le monde est sensibilisé à la lutte contre l’obésité et encore plus dans le milieu médical. Quand on est gros et qu’on va consulter ou se faire soigner on se retrouve souvent face à un personnel médical qui veux nous parler de notre poids, cela va du simple « vous êtes suivi pour le poids? » ou « vous prenez « ça » en charge? » , jusqu’au « il faut faire quelque chose vous allez mourir bientôt » et le « je vous conseille de.. ». On a l’impression que tout le monde veux lutter contre l’obésité , mais pas toujours de façon des plus professionnel, ça part dans tous les sens et ça viens de tous les cotés, avec pleins de messages différents et pas toujours pertinents.

Tous les professionnels de santé ne sont pas spécialistes de l’obésité, quand on sort de son domaine on donne un avis basé sur des informations partiels, qui peuvent dater de plusieurs années ou qui pourraient même être fausses. Le patient faisant confiance au professionnel de santé, il ne sait pas forcement si c’est un avis fiable ou pas. La moindre des choses si un professionnel veux se lancer sur le sujet c’est de se renseigner sur l’obésité( causes, prise en charge, conséquences, etc), mais aussi de préciser si c’est un avis professionnel ou une opinion. Il faut que chacun reste dans son domaine et reconnaisse ses limites afin d’envoyer le patient vers un professionnel compétent (je pense plus particulièrement aux nutritionnistes et endocrinologues, certains diététiciens sont bons mais si ils veulent vous vendre une méthode et des gadgets, fuyez! C’est plus du business que du soin..

Soigner et sensibiliser, pas traumatiser..

Je ne vous demande pas de me juger, mais de me soigner

J’évoque l’opinion personnel et les conseils qui pourraient ne pas être pro, mais ce qui est le plus redouté ce sont les jugements du professionnel. Cela va bien au delà du simple avis, c’est plutôt un ressenti qui transparaît ou qui est clairement exprimé, au mieu  de la compassion à la bienveillance , mais le plus souvent ce sont des commentaires indignés, un praticien choqué, qui a de la pitié, ou qui est complètement dégoûté et deviens choquant. Les professionnels de santé sont avant tout humains, certains sont méchants, sexistes, racistes, ou grossophobes, parfois un peu, parfois beaucoup, c’est difficile de savoir à l’avance ou d’être sur à 100% à moins de les entendre dire ouvertement..  Mais il peut y avoir un ressenti qui peut rendre la consultation désagréable stressante, ou insupportable. Le patient pourrait ne plus avoir envie de se livrer, se qui pourrait être problématique pour un diagnostique ou un suivi. Il pourrait aussi ne plus vouloir aller se faire soigner, ce qui n’est évidement pas le but. Les professionnels ne devraient pas oublier que les patients sont des êtres humains sensibles et avec des limites. Qu’il n’aiment pas, ou n’approuvent pas quelque chose ne leur donne pas le droit de faire des remarques personnelles au patient, à moins de rester respectueux et de mettre de la distance entre l’avis du professionnel et l’opinion de la personne en étant le plus précis possible..

Un rapport de force déséquilibré

Il faut absolument respecter les limites du patient surtout quand celui-ci à du mal à les imposer. Consulter et se mettre à nue (au sens propre comme au figuré), parler de ses problèmes perso et faire confiance au professionnel met le patient dans une position de faiblesse, ce que le professionnel dit ou fait de positif ou de négatif à énormément d’impact sur le patient, car il est en position de force.  Je pense  que dans ce contexte, inconsciemment ou pas, nous sommes prêt à subir la douleur, les manipulations, les questions intimes, parce que nous avons confiance et que nous avons donné au professionnel le pouvoir de décider de notre sort (si on peut dire ça comme ça). Il est plus difficile de se rendre compte quand celui-ci va trop loin. On ne peut pas se révolter ou sortir du cabinet alors que dans un autre contexte on l’aurait fait..Evidemment le professionnel ne vous dira pas qu’il n’aime pas les gros ou qu’il abuse de sa position, si vous sentez qu’il y a un problème et surtout que cela gène le bon déroulement de la consultation il faut soit rétablir l’équilibre en s’imposant, soit changer de professionnel, il faut quelqu’un qui nous respecte et avec qui on est à l’aise.

Des professionnels qui font du mal sous prétexte de vouloir fairele bien

Ce qui est aussi dangereux que les professionnels grossophobes qui vont trop loin, ce sont les professionnels bienveillants qui dépassent les limites. Ce n’est pas toujours évident de voir le mal qui est fait, mais l’impact négatif est tout aussi important, puisqu’on ne se méfie pas et que le médecin lui même est convaincu qu’il fait bien les choses. C’est un peu comme une mère qui aime son enfant mais qui lui fait du mal « pour son bien ».. Si je prends l’exemple de la mère ce n’est pas pour rien, derrière ce genre de comportement il y a des professionnels qui infantilisent le patient le voient comme irresponsable, incapable de prendre soin de soi, ou de prendre une décision rationnel parce qu’il est gros. Du coup ils vont ignorer le patient et prendre des décisions à sa place, ou faire un peu de forcing. Ça m’est déja arrivé quand j’étais à l’hôpital pour des tests (aucun rapport avec l’obésité), je n’avais pas mangé de la journée, j’étais exténuée, et la nutritionniste a fortement insisté pour me donner un repas allégé. Comme si c’est avec le repas de l’hôpital que j’allais prendre 5kg, en tout cas j’ai refusé mais  j’ai quand même eu un plat ratatouille et poisson vapeur, à croire que ma volonté ne compte pas, je ne suis pas assez grande (ou je suis trop grosse?) pour prendre des décisions toute seule..

Il n’est pas rare qu’on force un peu la main au patient « pour son bien », imaginez une personne influençable au sujet d’un acte médical ou même d’une opération, on à bien essayer de m’orienter la dessus contre mon gré, et pas qu’une fois. La deuxième conséquence de l’infantilisation des gros ce sont les médecins qui veulent créer le déclic en bousculant ou en traumatisant leurs patients. Ils nous voient comme une bombe à retardement, ils pensent qu’il y a urgence, qu’ils sont les seuls à pouvoir nous sauver.. même si on viens consulter pour quelque chose qui n’est pas lié au poids.

C’est ce cas de figure que je rencontre le plus souvent, en allant passer des tests, en allant voir des spécialistes (mais pas de l’obésité), ceux qui vous disent que vous allez mourir demain ou que c’est sur vous allez avoir tous pleins de complications et de maladies. Ils jouent sur la culpabilité, les émotions et le mal être de la personne, ne faisant qu’agrandir celui-ci. Un jour je suis allée passer une radio, et ce « médecin » m’a cité une lonnnngue liste de complications qu’on peut avoir en étant gros.. pleins de noms très compliqué qu’il connaissait par coeur et qu’il énumérait en respirant à peine ..juste pour une radio et il ne cessait de me poser des questions parfois très personnelles, plus ou moins lié à l’obésité ou à mon mode de vie ou mon passé. Sur le moment je n’ai pas réagit, j’étais fatiguée, et puis c’était un médecin, je ne me suis pas révoltée car ça ne m’était pas venue à l’esprit, ce n’est pas le comportement que j’ai avec les professionnels de santé. L’apogée fut quand il m’a dit à propos de ma santé que « c’est un échec » et « vos parents ne doivent pas vous aimer si ils vous laissent ainsi » , à ce stade j’avais déjà décroché, je n’écoutais plus trop, je n’ai rien dit, je l’ai écouté me parler de chirurgie bariatrique et je répondais n’importe quoi en espérant que ça se termine vite. J’ai regretté cette attitude, mais en même temps je n’avais pas la force de me lancer dans un débat ou une justification. Par la suite j’ai été très en colère, pour moi il est évident qu’il se trompe et qu’il voulait me choquer, mais qu’en ai-t-il des hommes et des femmes qui prendraient ce genre de remarques à cœur, ceux qui intègrent les remarques négatives et finissent par penser que c’est vrai? Quand j’y pense je suis hors de moi, c’est inacceptable de parler comme ça à des patients, les manipuler, détruire la confiance qu’ils ont tout ça pour « leur bien ».

Un milieu médical destructeur et anxiogène

Du fait qu’on nous parle énormément d’obésité et pas toujours de façon approprié on peut se sentir vite harcelé ou traumatisé, il suffit de tomber sur plusieurs mauvaises expériences. Le fait qu’il y ai des comportements déplacés et toxiques parmi le personnel médical crée un climat hostile pour les patients obèses. Même si la majorité fait bien sont travail, la poignée de professionnels toxiques réussissent à ternir l’image de la majorité. C’est d’autant plus important que certaines personnes sont plus fragiles moralement, soit par rapport à leur obésité, soit c’est la cause de leur obésité. Ils ne pourront pas forcement voir qu’une relation pro/patient est toxique, ils ne pourront pas forcement voir que certaines remarques et conseils sont déplacés et destructeurs, surtout quand ils ont eux même des problèmes d’estime de soi et qu’ils pensent que c’est normal si les autres les détestent, parfois ils ont un entourage toxique également..il faut protéger ces patient là, car ce système qui mise tout sur la lutte contre l’obésité risque de les écraser au lieu de les aider .

Quand une personne grosse tombe sur un bon médecin c’est tout de suite considéré comme un miracle, il y a même des discutions pour trouver des médecins non grossophobe (surtout en gynécologies), parce qu’on est tellement habitué à avoir des expériences négatives ou « moyennes » que c’est devenu la norme pour beaucoup de femmes (et d’hommes? je n’ai pas beaucoup d’histoires la dessus).. Cette anxiété ou cette phobie du milieu médical il ne faut pas la minimiser. Beaucoup vont déjà chez le médecin à reculons (et je vous comprend j’en fais parti..) mais d’autres attendent que le pire arrive ou que la douleur devienne insoutenable pour consulter par peur d’être jugées. Alors même que ces professionnels de santé veulent sensibiliser à l’obésité, certains créent un climat anxiogène pour les personnes obèses, et les éloignent ainsi des soins qui pourraient améliorer leurs santé. Est-ce que ça valait vraiment le coup de traumatiser le patient??

Avoir un médecin bienveillant et respectueux ne devrait pas être le minimum?

Si je dois conclure,  je dirais que la façon d’aborder le sujet de l’obésité est un indicateur assez intéressant de la façon dont on traite le patient. Que ce soit en nous infantilisant, en nous agressant ou en déshumanisant avec ces regards pleins de dégoût, on nous traite différemment « parce qu’on est gros ». Cette discrimination souvent justifié par la campagne de lutte contre l’obésité et la fausse bienveillance, n’en ai pas moins destructrice pour une parti d’entre nous. Il est évident qu’il y a des efforts à faire, si il y a des moyens humains, du temps, de l’argent et de la volonté pour sensibiliser les gros à l’obésité, il devrait y en avoir pour mettre mieux former le personnel médical à l’obésité, et les sensibiliser à l’importance d’un environnement bienveillant, respectueux et professionnel en toutes circonstances.

  Je dirais qu’il vaut mieux moins sensibiliser mais bien le faire, qu’aller trop loin au risque d’obtenir l’effet inverse. Les professionnels peuvent commencer par se renseigner sur le sujet, laisser leurs opinions de coté, en parler avec le patient simplement et en respectant ses limites. Si l’obésité n’est pas l’objet de la consultation ou un élément majeur, le personnel médical devrait s’en tenir à des questions simples, à savoir si le sujet est abordé avec le généraliste et éventuellement si il y a un suivi chez un nutritionniste ou un endocrinologue. En fonction des réponses, si la personne veux en parler pourquoi pas, mais il ne faut pas abuser de ce rapport de confiance pour dépasser les limites. Si le patient sent le besoin de se justifier ou si il est sur la défensive, c’est qu’il se sent agressé et que les limites ont été dépassés, dans ces cas là il faut aborder le sujet différemment ou passer le relais à un confrère. Il se trouve que les médecins les plus respectueux que j’ai rencontré sont endocrinologue/nutritionniste, je pense qu’il savent surement que les causes de l’obésité sont complexes, et que le sujet peut parfois être sensible.

Un manque d’écoute et de considération

Jusqu’à maintenant j’ai parlé de la façon dont l’obésité était abordé lors des consultations et actes médicaux, et cela qu’on le veuille ou non. Maintenant, je souhaiterai parler des diagnostiques et des soins . On est moins bien soigné parce que qu’on est gros? Parfois oui.. 

C’est à ce moment là que je vais vous parler de mon expérience. Pour vous résumer la situation, comme tous le monde il m’arrive de tomber malade, mais depuis quelques années les choses se sont dégradés, j’ai enchaîné les spécialistes, les tests, les analyses. J’ai plusieurs symptômes et surement plusieurs problèmes qui s’entremêlent (un coup de fatigue et tout s’enchaîne), mais je n’ai pas de diagnostic validé à 100%. Pour l’instant j’ai donc une « maladie imaginaire », avec des symptômes bien concrets, et beaucoup de rdv chez le médecin.. En général on me dis que c’est peut être l’obésité, peut être l’anxiété..parfois sans même chercher plus loin. C’est limite « perdez du poids on verra bien.. peut être.. on ne sait pas, c’est suuuurement ça.. »

La raison pour laquelle ça m’énerve, c’est que non seulement j’ai du mal à me faire écouter pour des problèmes que j’ai au moment présent, mais en plus on veux m’alerter pour des problèmes que j’aurai un jour peut être, comme si il s’inquiétaient vraiment. Comme si les problèmes actuelles, les douleurs, la fatigue, rien ne compte vraiment, « l’urgence » c’est l »obésité. Avoir un diagnostique c’est déjà compliqué, mais encore plus quand on est gros..

Plus qu’une statistique, je suis un être humain

Les gros cette bombe à retardement. Lors d’un rendez-vous en passant la porte, avant même de faire connaissance avec le patient, le personnel médical voit arriver une série de statistique. Quand on est pro on prend le temps d’écouter la personne, mais je pense que souvent il y a toutes ces comorbidités qui reste dans coin de la tête. Les comorbidités de l’obésité ce sont toutes les maladies que nous patients obèses, avons plus de chance d’avoir parce qu’on est gros. Ça reste une statistique, un pourcentage, qui fait qu’on est sous surveillance, même si on ne va pas forcement avoir cette maladie, et même si des personnes minces l’ont aussi.

La première chose qui m’interpelle. J’aime les chiffres, les statistiques ce sont une série de chiffres qui montre une tendance pour une population précise en prenant en compte des paramètres très précis. Ce qui veux dire qu’il y a des gens qui n’entrent pas dans les stat, et aussi qu’il y a pleins de paramètres non pris en compte. Ça reste intéressant, mais ce n’est pas suffisant. Ça doit être pris comme une base pour un début de réflexion et non comme un outil pour conclure. L’obésité étant un problème complexe, avec plusieurs facteurs qui ne sont pas forcement identifiable , ni mesurable, les statistiques la dessus ne représenteront qu’une image partielle. Par exemple,  je pense qu’il y a un facteur hygiène et mode de vie qui mènent à l’obésité et à d’autres maladies qui du coup co-existe avec l’obésité et pouvant être aggravé par celle-ci, ce n’est pas toujours pris en compte de cette façon. Par exemple, le manque d’exercice physique et une mauvaise alimentation mènent souvent à l’obésité et augmentent les risques de problèmes cardiovasculaire. Mais si on est gros, et qu’on est stabilisé, qu’on a une activité physique et qu’on mange « sainement », est-ce que les risques sont identiques, peut-on dire que les obèses actifs ont autant de risque que les obèses sédentaires. C’est pour cela que selon moi il est important de prendre en compte l’environnement ou les conditions de vie, savoir pourquoi la personne ne bouge pas, si c’est un problème de volonté, de temps, de moyen, de moral, si elle ne mange pas assez bien si c’est par manque de temps, manque d’information, penchant pour les produits industrialisés, ou manque d’argent ou autre. Il y a tellement de facteurs et de raisons, autant que d’individus, il serait dommage de réduire un gros à une statistique.

C’est important de ne pas s’arrêter qu’aux statistiques, il faut écouter le patient pour voir le problème dans son ensemble. Quand on a que 15 min pour faire une consultation c’est compliqué d’aller en profondeur, les statistiques et les tendances aident grandement pour trouver des pistes rapidement. Par exemple un nez bouché et un peu de toux en hiver, le diagnostique sera rapide car c’est un problème courant. Mais l’obésité en plus de capter l’attention, est vraiment plus complexes, (cf le paragraphe au dessus).  Pour soigner plus rapidement et efficacement, le patient peut apporter des éléments utiles et concrets en se connaissant soi-même: son corps, son fonctionnement, ses symptômes et avoir du recul sur sa situation en général. Ça ne se fait pas en un jour, quand on parle par exemple du poids, il faut parfois explorer plusieurs piste pendant des années: du coté de la nutrition, du mental avec une psychanalyse (où on parle de soi) ou d’une thérapie comportementale et cognitive (où on étudie par exemple les comportements, le rapport à la nourriture et les mécanismes qui se sont installés). On est pas toujours conscient de tous ses problèmes, on a parfois la mémoire qui fait défaut, ou on s’habitude à certaines douleurs, il est toujours bon de s’étudier et de garder un suivi et quelques notes.

Un exemple concret. On ne peux pas regarder un patient et se dire il a 40 ans, pèse 120kg, il y a des chance que ça soit pour cette pathologie et qu’il ai celle là dans 10 ans, c’est statistiquement prouvé. On pourrais lui dire qu’il mange trop et qu’il faut faire attention pour son coeur, et s’arrêter là. Mais en creusant un peu et en restant ouvert à d’autres hypothèses, on peut tomber sur un problème plus complexe  et moins facile à gérer comme une personne qui a changé de mode de vie et déprime un peu, ou un trouble du comportement alimentaire bien installé et très bien caché. En plus de ne pas être très connu, les TCA touchent plus de femmes et sont donc rarement associé aux hommes. Dans ce cas là le doc peut toujours lui dire de faire attention à son cœur et à son poids, mais en même temps on soignera le problème initiale, il y aura surement un questionnement pour savoir pourquoi ce problème de TCA, ou de dépression ou autre, ça fini par impacter sur la qualité de vie et la santé de façon positive.

Cette vision des patients obèses très figés et caricaturale montre une partie de la réalité, mais c’est le sommet de l’iceberg, il ne faut pas s’arrêter là et se baser la dessus pour émettre des diagnostiques. L’humain dois être au centre du diagnostique, pas les chiffres.

« c’est parce que vous êtes gros »

Autrement dit, consulter en étant gros, peut importe votre problème il y a des chances pour qu’on vous dise que c’est lié à l’obésité.. c’est « statistiquement prouvé ». Ça deviens problématique lorsque le médecin arrête là le diagnostique. Parfois il va dire, c’est parce que vous êtes gros, maigrissez et ça va s’améliorer, et on a envie de lui dire « et en attendant en fait quoi? parce que les symptômes eux sont bien la ». Je pense par exemple à un pneumologue qui m’a dit que mon asthme disparaîtrait avec une opération de l’obésité..(s’en suit un argumentaire, mais il ne savait pas que je connais les chirurgies bariatriques, on me prend vraiment pour une gamine, si il avait posé la question ça m’aurai économisé de précieuses minutes) Heureusement je ne me suis pas arrêté là car en fait j’ai de grosses allergies qui me causent de l’asthme..merci l’allergo qui m’a fait les test et m’a proposé une désensibilisation au lieu d’une chirurgie.. un autre pneumo m’avait dit que je faisais surement de l’apnée à cause de mon poids, il m’a quand même envoyé chez un orl où on a finalement trouvé un autre problème lié à mon nez, aucun rapport avec le poids (et je fait pas d’apnées). Malheureusement je n’ai pas toujours insisté, je ne me faisait pas confiance et on ne me croyait pas, il a parfois fallu que la situation s’aggrave pour qu’on me prenne au sérieux, et que je me prenne au sérieux.. Pourtant les personnes minces tombent malades, ont de l’asthme aussi, et sont pris au sérieux?? Alors pourquoi faut-il que cela deviennent grave pour agir??

Je trouve ça grave de devoir se battre pour avoir des analyses et des tests. En plus chanceuse que je suis, je suis très anxieuse, donc si c’est pas dans ma graisse c’est dans ma tête (je suis encore plus anxieuse chez le médecin..). Du coup parfois j’y crois, j’ai l’impression de demander trop de test et de confirmation et je constate qu’on est encore nombreuses à ne pas oser. Mais j’ai décidé de changer. J’ai compris qu’il fallait se faire confiance, faire confiance en ses douleurs, ses problèmes, des symptômes. Actuellement il m’arrive encore d’être fatiguée, mais pas comme si j’avais fait la fête la veille, plutôt comme si j’avais pas dormi pendant des jours et que mes muscles avait fondu et mon cerveau avec. Dans ces cas là on me dit que c’est soit dans ma tete, trop d’anxiété ou un burn out (ça c’était quand j’étais étudiante, ça m’est arrivé), ou alors on me dit qu’être gros ça fatigue.. j’y ai cru, sauf que ça fait un moment que je suis grosse je fait la différence entre les 4 étages à monter et la fatigue au réveil et l’impossibilité de se tenir sur ses jambes. Du coup j’ai demandé à faire des tests, je n’ai pas attendu d’aller un peu mieux j’y suis allé quand j’étais encore bien mal. Résultat en plus de mes carences habituelles, un taux anormale signe d’une hypothyroïdie.. C’est vrai que j’avais des symptômes, mais n’ayant pas de goitre (en fait c’est le contraire c’est un peu atrophié) et j’avais des résultats d’analyse à la limite de la norme ça n’a alarmé personne . Dans ces cas là on est content! Quel ironie! Enfin on met le doigt sur quelque chose, on peut s’appuyer sur des faits pour avoir un peu de crédibilité. C’est pas gagné, parce qu’avec une tsh redescendu à 5, c’est redevenu dans la norme (donc pas de traitement), mais au moins je suis sortie de la catégorie malade imaginaire pour un moment. Tout ça pour vous dire que dans mon cas, si j’avais écouté les médecins et les premiers avis les choses auraient pu s’aggraver, il m’a fallu des mois ou des années avant de pouvoir avoir des diagnostiques et une certaines crédibilité auprès de certains professionnels (ceux là, e n’y vais plus). A chaque fois on m’avais dit que c’est le poids, et il a fallu faire des test en plus et insister pour en savoir plus. Pourtant je n’exclue pas que le poids puisse être problématique, je demande juste qu’on explore toute les pistes et qu’on prenne tous les paramètres en compte. Ça m’arrive tellement souvent et ça arrive à tellement de personnes d’avoir ce genre de réflexion ou de diagnostique express, des personnes qui maigrissent ou qui arrêtent les recherchent parce qu’elles pensent que maigrir est l’unique solution, alors qu’en fait non..J’ai lu un article qui parlait du sous-diagnostique des patients obèses, je n’ai pas de source à vous donner, mais ça ne m’étonnerais pas si c’était vrai, l’obésité focalise tellement l’attention qu’elle empêche parfois d’avoir un bon diagnostique.

Invisible

En plus du fait de ne pas être prise au sérieux, il y a une chose qui m’interpelle. Je me suis déjà retrouvé devant des spécialistes pour des problèmes très précis, et au lieu de prendre en compte ceux-ci, j’avais droit à un discours sur l’obésité. Ça m’est déjà arrivé plusieurs fois, et ça démontre bien que cette lutte est prise très à cœur. Mais le patient alors? Je veux bien qu’on me dise que mon problème est lié à l’obésité (surtout si c’est le cas), mais ça veux dire qu’on ne vas pas me soigner?? En gros « maigrissez d’abord », mais si je ne maigris pas je fait quoi? je souffre et je laisse les choses s’empirer en culpabilisant? Il y a eu cette fois où je consultais pour des tests pour savoir si peut être ma fatigue était causé par de l’apnée? Je pense que le pneumo en était persuadé puisque c’est le même qui m’a dit de me faire opéré et que j’aurais plus d’asthme, ni de fatigue, ni d’apnée ensuite..(pour l’asthme ça partira pas comme ça, pour l’apnée ça aurait pu être la cause de mes problèmes). J’ai eu plusieurs rendez-vous médicaux et je n’ai pas aimé la tournure « conférence sur la chirurgie bariatrique », au cours de ce rdv je n’en pouvais plus, j’ai essayé de lui expliquer que si personne ne me prend au sérieux, que si je ne trouve pas les causes de mes problèmes, j’ai plus de chance de mourir d’épuisement ou de dépression dans 10 ans que de mourir d’un AVC dans 30 ans. Mais visiblement tous le monde n’avais pas les même priorités, mes problèmes actuels, ma souffrance et mes douleurs représentent moins d’urgence qu’un mal que je pourrais éventuellement développé plus tard. Je me sentais invisible, j’ai du mal à croire ces médecins quand ils me disent que mon avenir compte et que ma santé est importante pour eux.. A ce moment ou j’avais des problèmes dans ma vie perso, ça  finissait par jouer sur mon moral. Ça ne me donnais pas envie d’aller consulter, surtout si c’est pour voir un médecin qui ignorais complètement mes problèmes. (A l’époque j’étais sur paris, et c’était toujours des rendez-vous très rapides, j’avais l’impression qu’on ne m’écoutait pas, et je pense que c’étais le cas..)

Par rapport au milieu hostile que j’ai évoqué plus haut, il y a des professionnels qui entretiennent le mal être et la culpabilité. Il y a des gros qui vont plus souffrir à cause du milieu médical qu’a cause de leur obésité.   Non seulement il faut supporter tous cela, mais en plus à la fin on est pas forcement plus avancé niveau diagnostique et soin.

Un milieu médical non adapté aux personnes obèses

« Les gros faut vous soigner, mais pas ici nous on peut pas ». Ça arrive plus souvent qu’on ne le pense, pour des raisons matérielles d’abord: les appareils de radiologies par exemple ne supportent qu’un certains poids, les lits et les brancard également. Plus on est gros plus c’est difficile de se faire soigner. Je pense qu’on en parle pas trop parce que la plupart des jeunes dans la communauté grande taille ne connaissent pas ces difficultés, peut être qu’il y a une certaines honte aussi . C’est difficile de s’imaginer les difficultés que cela représente quand on y est pas confronté. Je me rappel lorsque j’ai appris ça j’ai appelé des radiologues sur Paris pour en savoir plus (c’est mon cardiologue qui m’a fait peur, celui qui a dit que je vais mourir demain) (j’avais même pas d’irm a passer!). En plus il n’y a pas vraiment d’information sur le sujet, c’est difficile d’aller à son rdv et de se voir refuser l’accès, mais même en appelant on est pas garantie d’avoir la bonne information. Je ne sais pas trop comment faire dans ces cas là, j’imagine qu’il faut aller dans des hôpitaux adaptés, loin de chez soi parfois..

Ça c’est un problème matériel, mais il arrive aussi que le personnel ne veuille pas soigner de personnes obèses, soit pour le risque que ça représente, parce que c’est plus compliqué, ou parce qu’on vous dit tout simple de maigrir d’abord.

Ces difficultés sont des obstacles supplémentaires quand on veux se faire soigner, ils contribuent également à la phobie du milieu médical. Inutile de vous dire qu’il y a des progrès à faire..

Persévérance et confiance

J’espère que cette article ne vous à pas trop déprimé. Je ne vous souhaite pas de vivre tout ce que j’ai décris au dessus, mais ça existe, et il ne faut pas fermer les yeux. Je pense que les médecins ont une part à jouer, si seulement ils en prenaient conscience. Nous de notre coté, nous pouvons en parler. Savoir qu’il y a des limites à ne pas franchir, nous méritons le respect et qu’il faut dire stop quand les choses vont trop loin. Nous méritons d’être soignés, diagnostiqués et d’être accompagnés dans nos démarches. Pour certains ça parait illusoire, trop parfait? Alors que ça devrait être la norme. Je vous souhaite de trouver un médecin qui vous écoute, vous explique les choses et ne vous ris pas au nez ou ne se moque pas quand vous osez aborder un problème. Ayez confiance et demandez un second avis si besoin, ou changer de médecin si vous sentez une gène ou un malaise. Après tous les professionnels sont aussi des êtres humains, parfois ça accroche d’autres fois non, ils pensent aussi avec leurs avis et leurs vécu, si cela interfère avec le diagnostique n’hésitez pas à consulter ailleurs.. Si vraiment vous habitez un désert médical, essayez de vous faire accompagner et/ou de prendre de l’assurance pour imposer des limites. C’est toujours mieu quand on est bien entourés et soutenus.

Prenez soin de vous <3.

2 Comments on Tous contre l’obésité, au détriment du soin du patient -Santé n°2-

  1. Merci pour cet article qui reflète la triste réalité… À cause de tous ces désagréments je refuse la vue d’un médecin depuis des années. Je sens que je vais bientôt devoir me forcer et y aller mais j’ai tellement peur. Peur de ce que je risque d’entendre à nouveau et en sortir dévastée. Mais avant ça il faut déjà que j’en trouve un médecin et c’est pas gagné 🙁

  2. Merci Neiiko 🙂
    J’avais vraiment hâte de lire le prochain article sur la santé depuis que j’avais lu le premier.
    Comme toi, j’ai vécu des trucs pas toujours très jolis chez les médecins, même si j’ai la chance d’avoir une bonne santé générale et d’être assez dense (donc je n’ai pas l’air aussi grosse que je le suis, mon poids réel étonne toujours mes proches). Néanmoins, j’ai toujours eu droit aux remarques et aux analyses dès que je mettais le pied chez un médecin, même lorsque sa spécialité ne le justifiait pas du tout. Que ma gynécologue me prescrive une prise de sang pour vérifier que tout va bien, je peux le comprendre, elle ne me voit pas souvent, et malgré sa maladresse, c’est son métier. Par contre, que le dentiste ou le dermatologue me fasse des remarques sur mon supposé problème de grignotage sans même me connaître, ça, c’est carrément déplacé, surtout que comme tu le dis, certains gros sont actifs et mangent sainement. Il se trouve que je mange bien, que je ne grignote pas et que je fais beaucoup de sport, mais même si ce n’était pas le cas, de quel droit ? Jusqu’ici, mes analyses sont parfaites, je me suis même déjà payé le luxe d’être en légère hypoglycémie, du coup j’ai toujours eu une « preuve » médicale à leur apporter de ma « bonne volonté », histoire de prouver que non, je ne leur mens pas. Mais franchement, est-ce que mes copines minces ont à prouver au moindre coup de mou qu’elles ne méritent pas ce qui leur arrive ?
    En effet, je crois important de parler de tout cela, déjà pour se sentir moins seul(e) et aussi parce qu’effectivement, quand on ne sent ni respecté ni écouté, il faut changer de praticien. Et j’irai même jusqu’à dire que je ne m’en cacherais pas, je lui dirais clairement que son attitude n’est pas celle que j’attends d’un médecin et que j’estime son comportement déplacé et son « traitement » inadapté car focalisé sur le gras.
    Take care <3

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