[Ce texte pourrait contenir des propos blessant (potentiellement oppressif ou transphobe), il n’a pas été modifié encore et est basé sur des reflexions faites lors de mon enfance et ma vision du genre à ce moment là. Avec les années mon point de vue à changé, j’ai appris et j’ai compris certaines choses]

Je voulais revenir un peu sur le sujet de la « féminité ». Quand j’ai écris l’article sur la mini-jupes j’ai évoqué le sujet, mais il est passé inaperçu. Je suis consciente que les gens voient avant tout le fait qu’une grosse porte une mini-jupe, c’est vrai aussi que j’ai parlé du fait de s’assumer et de suivre les règles -ou pas? Mais pour moi le blocage se situais plus au niveau de la « féminité » que de la morphologie. Sinon des mini-jupes j’en porte souvent, mais avec des baskets, des leggings, pour faire du sport ou être à l’aise. Vous voyez la différence? Je pense que pour vous aider à comprendre l’enjeu pour moi je vais vous raconter mes réflexions sur le sujet.

(photo  par Velvet d’amour, avec une des photos où je me sens le plus « femme », je n’assume pas toutes cette féminité mais j’adore cette photo!)

velvelt photographie sur le théme de la féminité
Souvenir d’une journée mémorable avec Velvet D’amour pour le magazine volup2  sur le thème de la féminité

On ne naît pas femme, on le devient?

Cette question je me la pose depuis des années, bien avant le débat sur le genre. C’est d’autant plus intriguant pour moi quand je me demandais ce qui faisait qu’une personne se sente « femme » (une personne = quelque soit son sexe de naissance). Qu’est ce qui fait de moi une femme? Clairement j’avais le corps d’une femme, depuis très tôt même, mais j’étais ce qu’on appel un « garçon manqué ». J’aimais les trucs de filles, mais aussi les autres jouets pas fait « pour moi ». Je me battais quand il le fallait, j’étais plus violente que délicate, mes loisirs, mes goûts et mon caractère ne collait pas avec ce qu’on attendait de moi. Les réflexions n’étaient pas explicites, je pense que quand on est une petite fille comme il le faut on ne sens pas les remarques, mais moi je sentais une certaine pression, je n’étais pas comme il faut. Ces injonctions « une fille doit s’asseoir ainsi », « une fille ne dois pas » « une fille.. », « une fille.. »… Ça me rendait triste, mais je me suis affirmée, rebellée contre ces obligations, et de façon plutôt violente puisque j’ai rejeté tout ce qui était connoté comme étant féminin, je refusais le rose, les robes et des froufrous. Jusqu’à  mes 15/17 ans je me suis habillée en survet/baggy, j’avais également des difficulté pour identifier mes sentiments et rejetais toutes marques de faiblesse et d’émotion, avec mes frères et sœurs j’aidais mon père avec les travaux manuels (menuiserie, maçonnerie, peinture, élevage d’animaux etc) et j’étais toujours percue comme trop brusque et « violente ».

Je ne sais pas si c’était juste mon caractère, le fait de vouloir rejeter toutes « faiblesses » que je ne comprenais pas ou si le fait de « ne pas être une fille comme il faut » m’a poussé à refoulé toutes traces de féminité, mais le résultat était la.. je ne regrette pas la personne que j’étais mais je pense que j’aurais pu rencontrer cet partie « femme » de moi plus tôt si je ne le l’avais pas si bien enfouie et si j’avais compris que c’était un petite partie de moi.

Une enfant dans un corps de femme

En parallèle de ma vie de « garçon manqué », mon corps de femme se réveillait. Autant vous dire que je n’étais pas pressé, je me sentais déformé comme beaucoup de jeunes filles, et à 11/12 ans je découvris le fardeau que je devrais porter toute ma vie. A coté des « il faut », il y a aussi les « il faut pas », la liste est longue, c’est à partir de ce moment qu’on comprends qu’on deviens une femme et que notre corps, ben ce n’est plus trop notre corps en fait. Quand on a une grosse poitrine par exemple, on a beau être une gamine, on est sexualisée d’office. On dira aux enfants « cache-toi, ne te montre pas, car le monde est pleins de prédateurs, et tu es une proie », sous-entendu fait attention pour ne pas te faire prendre, car un prédateur reste un prédateur et malheureusement ça veux aussi dire qu’il iras « avec un peu de chance » s’en prendre à quelqu’un d’autre. Ça je l’ai très bien intégré, j’en avais marre de ne pas pouvoir me maquiller ou ne pas mettre de haut car on voyait trop ma poitrine, car l’autre en face ne peut pas se contrôler, et c’est à MOI de gérer ses PULSIONS? Ce manège à continué jusqu’à mes 17 ans quand je suis arrivé à Paris, je me faisait suivre, je me faisait insulter si j’avais le malheur de ne pas trouver le dragueur à mon gout (de dire NON quoi), on me touchait le bras, le dos, on m’expliquait que si je me maquillais c’était pour plaire aux hommes DONC je devais faire avec la drague (plaire aux hommes? à tout les hommes? Vieux monsieur de 40 ans et + tu vois pas que je suis mineure!!!) En fait non je ne disais rien, je m’éclipsais, disparaissais, j’avais trouvé des techniques pour ignorer les gens, ne pas me mettre en valeur pour ne pas faire genre je veux être dragué, jamais de décolleté ou de vêtement courts, pas de sorties le soir, pas de ballades dans les quartiers à risque. Pour savoir si on me suivais j’entrais dans les boutiques et je tournais en rond dans les rayons, je faisais des détours et revenais sur mes pas pour voir si la personne va à un endroit ou me suis bêtement. Quand je disais NON à plusieurs reprises et que la personne insistais j’allais vers la foule ou vers les caméra de sécurité si il y en avais, et quand on demandais si je voulais pas « faire un geste et boire un café » je répondais haut et fort que je ne veux pas. La liste est longue.. le plus triste est de voir que toutes les femmes ont des trucs quand elles sortent seules.

La différence entre la drague et le harcèlement?

Depuis quelques temps le mot est lancé, « le harcèlement de rue » est sur toutes les bouches. Il y a celles qui en tremblent et ceux qui en rigolent. Inutile d’essayer de convaincre ceux qui s’en moquent, je n’ai pas le temps, ni la force d’essayer. J’ai énuméré plus haut ce qu’on peut qualifier d’harcèlement, ce n’est pas de la drague, ce n’est pas plaisant, au contraire c’est une agression. On a tendance à penser que les agressions sont uniquement physiques, or il ne faut pas minimiser les petites agressions, celles qui ne laissent pas de traces sur le corps mais nous marquent l’esprit. Tout ce temps à éduquer les jeunes filles pour qu’elles ne se fassent agresser, il ne faut pas oublier d’éduquer les jeunes garçons pour qu’ils n’agressent pas. Tout le monde a peur pour sa fille ou sa nièce, mais personne n’a envie d’imaginer son fils ou ses neveux comme agresseur potentiel, pourtant dites vous que les agresseurs ont aussi une mère, une famille, qu’ils rentre ensuite chez eux et retrouvent parfois une femme et des enfants, et le lendemain ils repartent travailler comme tout le monde. J’ajouterai qu’en ce qui concerne les agressions sexuelles, la majorité ne se passent pas avec des inconnus mais avec des proches! Des proches qui pensent qu’un « non » est un « peut être », qu’un service rendu vaut bien un petit effort physique, qu’une pulsion est faite pour être assouvit. Ce n’est pas des sujets que j’aborde habituellement car je ne sais pas exprimer clairement ce que je souhaiterais dire, et que d’autres blogs le font beaucoup mieux, mais c’est la journée contre les violences faites aux femmes, alors c’est l’occasion d’en parler, même maladroitement.

Etre une femme?

Après cette parenthèse très importante, vous comprendrez peut être mieux pourquoi j’avais peur d’être « vulgaire », ou trop « sexy ». C’étais en moi, sans même y penser consciemment je faisait tout en fonction de l’endroit ou j’allais, ce que j’allais faire, l’heure à laquelle je sortais. Tout était calculé pour minimiser mes chances de me faire embêter. C’est déjà difficile en tant que femme, mais en plus je ne passe pas inaperçue, j’avais beau me faire toute petite et m’effacer, on me remarquait toujours..

C’est entre mes 19 ans et 20 ans que j’ai eu une révélation, je ne sais pas si c’est l’age, mais je ressentais le besoin d’exister. Je n’en pouvais plus de m’effacer, j’avais une forte personnalité et ça ne se voyait pas du tout dans mes habits larges et sombres. C’est à ce moment la que je me suis tourné vers internet pour découvrir l’industrie de la grande taille. Les personnes que j’ai rencontré et les événements auxquels j’ai participé m’ont aidé à découvrir une autre facette de moi. J’ai essayé toutes les coupes, toutes les couleurs, pour voir où je me sentais à l’aise. J’étais prête à tout vestimentairement parlant, je n’avais pas envie de m’enfermer dans une vision de la féminité, j’en avais assez des règles et des codes pour « être une femme ». Je suis complètement contre cet idée de la féminité ou il faut être maquillé, avoir de long cheveux, avoir des seins et porter des robes. Je pense que ma façon d’etre « femme » c’est avant tout être bien dans mon corps. Pouvoir marcher la tête haute, ne pas avoir honte de son corps et aimer chaque recoins. Je suis loin d’être à l’aise avec tout ce qui est connoté « femme », je n’arrive à être à l’aise que dans certains espace « safe » (sécurisé), avec des gens que je connais, dans certains contexte ou certains lieux. Je pourrais porter une robe courte en sortant entre copines, mais pas un t-shirt rouge si je sort seule le soir.  Je suis consciente que le problème c’est eux, pas moi, mais je ne peux m’empêcher d’y penser..

Avec les années je peux mettre des mots sur ma colère, ma frustration et je me sens plus libre. J’arrive à me dire que ce n’est pas à moi de changer. Je sais aussi qu’il n’y a pas une façon d’être femme, les cases et les étiquettes ne sont pas nécessaire, il faut vivre sa féminité comme elle est. Même si cela veux dire s’imposer, même si il faut changer de sexe ou s’habiller différemment, même si les autres ne comprennent pas et veulent nous imposer leurs règles. Si j’en parle c’est parce que j’espère que ça touchera une personne ou deux, qu’elle (ou il) se rende compte que ce n’est pas normal de vivre ainsi. Oui j’ai des complexes, mais pas ceux qu’on croit..j’en parle parce que je n’ai pas honte d’avoir peur, j’en parle pour avancer personnellement aussi, et j’en parle pour que vous y réfléchissiez et puissiez relancer le sujet avec votre filles, ado, nièce, mère..

Quand je compare les photos je vois le changement, la Chloë dure et forte est devenue plus molle à l’intérieur mais a plus d’assurance, même si c’est pas encore gagné 🙂

Cadeau, voyez comme je souriais beaucoup 😀

15 ans env, vive le noir <3

chloechloe (3)


 18 ans environ en revenant de paris j’ai découvert la couleur 😀

chloe (2)


21/22 ans je découvre les shootings, oops c’est court!

plus size pin up
Shotting avec cosmo plus , pour mettre en valeur les differentes formes de beauté http://www.cosmoplusasso.com/

Et c’est pas fini..

plus size clothing onoz
Shooting pour la marque Onoz.fr

6 Comments on Etre une femme..

  1. Merci pour ce très bel article, vraiment il me parle. Quelle tristesse de toujours devoir se méfier, pour la simple raison qu’on est une femme, et qu’en tant que telle, on est une proie.
    Je salue ton courage vis à vis du chemin parcouru. Tu peux être fière de cette jeune femme, belle et féminine que tu es devenue.
    ET tu as raison, être une femme, ça n’est pas avoir de longues jambes, ou de belles courbes. Il n’y a pas de « vraies femmes », mais des femmes, différentes, qui vivent leur féminité chacune à leur manière <3

  2. Sacré parcours … je me suis parfois retrouvée dans tes lignes, être une femme et assumer totalement sa féminité peut parfois (voire même très souvent) être un parcours du combattant ….
    En tout très joli article, très bien écrit, belle plume <3

  3. Malheureusement je comprends tout à fait ce que tu as ressenti car j’ai à peu près eu le même parcours que toi et je pense que de nombreuses autres femmes ont eu le même. C’est triste à dire mais je pense que quelques soit l’endroit dans le monde où on se trouve, être une femme et exister pleinement en temps que telle est difficile voir impossible. Les sociétés sont bridées, les schémas se répètent de génération en génération et cela depuis des lustres. L’homme n’est pas fait comme la femme, il est physiquement plus fort ce qui lui offre un avantage indiscutable par rapport à la femme. Certaines femmes préfèrent suivre les  » règles » car d’instinct elles se protègent des malheurs que les hommes pourraient leur faire subir. Tant que la nature sera faite ainsi, on aura beau éduquer les petits garçons ça ne changera jamais fondamentalement les choses car l’homme ressentira le besoin de vivre pleinement sa vie d’homme et le naturel reviendra au galop. Comme dirait ma grand mère, être une femme c’est de la merde (et je la cite vraiment mise à part que j’ai fait la traduction du marocain au français…).

    Perso je suis une femme qui n’a jamais vraiment subit de violence vis à vis des hommes (mise à part que je suis moins bien payer que mes collègues masculins à poste et à travail égal et que ça c’est quand même violant). Mon mari est super en faveur de l’égalité des sexes même si parfois il aime me montrer qu’il est monsieur muscles et de nature, je marche dans les clous : je n’aime pas trop sortir le soir, je suis plus à l’aise en pantalon ou en robe leggings, et je suis trop feignante pour me maquiller ou prendre soin de mes cheveux. En faite je suis restée le garçon manqué que j’étais à l’adolescence parce que c’est moi. Mais attention, je suis un garçon manqué qui aime collectionner le maquillage, les robes et tout les truc mignons.

    Mon plus grand regret à être une femme c’est de ne pas pouvoir voyager seule et notamment à l’étranger a cause de la peur d’être agressé mais aussi de ne pas pouvoir avoir un enfant à moi sans avoir eu à subir les règles et les 9 mois de grossesse !

  4. « Cadeau, voyez comme je souriais beaucoup »

    Aaaaaah mon Dieu ces regards plein de haine x_X

    Plus sérieusement, sacré parcours, j’aurais tout imaginé sauf ça, sauf le passage de l’enfance à l’adolescence, néanmoins une chose précise ma interpellé, c’est quand tu expliques que tu calculais tout, que limite tu planifiais tout avant de sortir, en faite j’ai toujours pensé que les femmes faisaient ainsi, enfin j’ai toujours compris cela et je ne le pense toujours !

    Mes petites amies( bon je n’en ai pas eu tant que ça c’est vrai >_> ) ont toujours fait attention à tout, notamment avec leur tenues vestimentaires, en grande partie à cause des mecs, il m’est aussi arrivé de dire « fait quand même attention parce que la vue comment tu es habillé, ça va aboyer … tu rentres à quelle heure ? Je passe te chercher c’est mieux nan ? ».

    Je pense qu’il y aura toujours cette crainte de se faire harceler dans les rues par les hommes pour peu que les filles se sentent libre d’être ce quelles ont envie d’être, je pense que c’est comme tu l’expliques bien, un problème d’éducation chez les hommes …

    En tant qu’homme je te mentirais si je te disais que je ne me sent pas attiré par certaines filles que je peux voir à l’extérieur de ma maison, je n’y peu rien vous êtes une majorité à être craquante et à prendre soins de vous, je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas avoir le plaisir de vous voir, mais pour autant, je n’irais vers aucune femme, déjà parce que je n’ai pas le temps >_>

    … Et que je pense que ma maman a plutôt bien fait son boulot.

    Petite parenthèse qui n’a pas trop de rapport mais qui se rapproche du sujet, j’y tiens, quand tu parles de ton expérience avec les « dragueurs » ça me rappel à quel point ça devient très difficile pour un homme, on va dire, avec de bonnes intentions, d’aborder une femme, d’ailleurs les femmes depuis quelques années commencent à reprocher aux hommes de ne pas les aborder, c’est fou comme ça devient compliqué, moi j’ai une solution que je qualifie de débile mais je n’ai plus trop le choix, je ne fais plus rien.

    @+

  5. Bonsoir Chloé,

    j’avais relevé dans ton dernière article cette difficulté de femme… l’impossibilité en tant que femme de pouvoir porter ce que l’on veux… que l’ont soit grosse ou pas!
    J’ai vite vu que cet aspect de ton article est passé à l’as…je n’ai pas commenté??? je ne voulais pas entrer dans les débat une grosse doit elle ou peut elle porter un mini jupe?
    Franchement on s’en tape… tout le monde devrais pouvoir s’habiller comme il le souhaite…Qu’elle soit grosse, mince, petite, grande… une femme est une femme… le harcèlement de rue nous concerne toutes… je ne connais pas une femme qui ne l’ai pas subit!

    Je l’ai vécu de nombreuses fois, je me suis interdit d’être une femme pendant longtemps parce qu’être une femme c’est tellement difficile… devoir faire attention tout le temps a ne pas avoir de décolté trop plongeant, au risque que l’on aperçoivent la naissance de la poitrine. ne pas porter de rouge à lèvre trop voyant au risque d’être traite de pute….
    Alors oui être une femme grosse s’est encore plus difficile… mais pourquoi ça devrait être a nous de toujours changer, de toujours prendre des précautions….

    j’ai crée ma chaîne pour apprendre a m’assumer au regard de tous, pour être une femme au regard de tous!

    j’ai adoré ton article….. ( oui beaucoup de mots pour en arriver là!) il me parle tellement… que finalement je suis bien contente que le message de départ n’ai pas été perçu… grâce à ça… ce soir tu as publié, grâce a ça… je suis sur que ce soir tu vas réveiller certaines personnes!

    et au passage MON DIEU que tu es belle sur la photo de cosmo !!

    bisous ma belle

    • « Alors oui être une femme grosse s’est encore plus difficile… mais pourquoi ça devrait être a nous de toujours changer, de toujours prendre des précautions…. »

      Parce que certains mecs ne sont pas prêt à le faire, j’insiste sur « certains » il y a des hommes très bien, mais pour quelques-uns draguer c’est être un homme, une fille habillé moulant serrer de surcroît ronde, forcément c’est parce quelle cherche quelque chose autrement elle ne s’habillerait pas comme ça, c’est véridique ce que je raconte j’avais des amis qui pensaient comme ça, et à mon avis ils le pensent toujours …

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